Article N° 8366

MIGRAINE

Migraine : l’Académie nationale de médecine fait le point sur les avancées thérapeutiques

Abderrahim Derraji - 20 juillet 2026 15:46

À l’occasion d’une séance consacrée aux céphalées, l’Académie nationale de médecine (France) a dressé un état des lieux des connaissances sur la migraine, une maladie neurologique qui touche des millions de personnes dans le monde. Les échanges ont mis en évidence les progrès réalisés dans la compréhension de ses mécanismes et l’émergence de traitements innovants, tout en rappelant que de nombreuses zones d’ombre persistent.

Selon le Dr Cédric Gollion, neurologue au CHU de Toulouse, la migraine est une maladie complexe dont la composante génétique est désormais bien établie. Plus de 180 régions chromosomiques associées à une prédisposition ont été identifiées dans la migraine sans aura, alors que seulement trois sont impliquées dans la migraine avec aura. La forme hémiplégique familiale, beaucoup plus rare, est quant à elle liée à une transmission autosomique dominante.

Les chercheurs ont également identifié une augmentation de l’activité de l’hypothalamus durant la phase prémonitoire de la crise. Chez les patients présentant une aura, celle-ci serait liée à une onde de dépression corticale qui se propage progressivement à travers le cerveau. La douleur migraineuse résulte principalement de l’activation du système trigémino-vasculaire et de la libération du peptide CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide), aujourd’hui considéré comme un acteur majeur de la maladie. Ce puissant vasodilatateur déclenche une crise chez près de sept migraineux sur dix lorsqu’il est administré expérimentalement. Toutefois, près d’un tiers des patients semblent développer leur migraine par des mécanismes indépendants du CGRP, ce qui explique pourquoi certains traitements ne sont pas universellement efficaces.

La prise en charge thérapeutique a considérablement évolué grâce au développement de médicaments ciblant cette voie biologique. Les triptans demeurent le traitement de référence des crises sévères. Leur efficacité repose autant sur l’inhibition de la libération du CGRP que sur leur effet vasoconstricteur, lequel contre-indique leur utilisation chez les patients ayant certains antécédents cardiovasculaires.

De nouvelles alternatives sont désormais disponibles. Les gépans, administrés par voie orale, bloquent les récepteurs du CGRP et empêchent la vasodilatation responsable de la douleur. Les ditans, qui n’exercent aucun effet vasoconstricteur, représentent une option intéressante chez les patients souffrant de maladies cardiovasculaires. Pour la prévention des crises, les anticorps monoclonaux dirigés contre le CGRP, comme l’eptinezumab, ainsi que la toxine botulinique de type A, offrent de nouvelles perspectives chez les patients atteints de migraine chronique réfractaire.

Les spécialistes rappellent toutefois que le traitement ne repose pas uniquement sur les médicaments. L’adoption d’un mode de vie régulier, la lutte contre la sédentarité, le surpoids, le stress, l’anxiété ainsi que la limitation de la consommation de caféine constituent des mesures essentielles pour diminuer la fréquence des crises. L’alcool et les aliments ultra-transformés riches en nitrites sont également à éviter.

Enfin, l’Académie insiste sur l’importance d’une prise précoce du traitement dès les premiers symptômes afin d’en optimiser l’efficacité. Les opioïdes, en revanche, n’ont aucune place dans la prise en charge de la migraine. Malgré les progrès thérapeutiques récents, les experts soulignent que de nombreuses questions demeurent sur les mécanismes intimes de cette maladie, ouvrant la voie au développement de nouvelles approches ciblées dans les années à venir.

Source : Univadis